Le MOT du DOYEN

 
 

 

                                 

Où va notre terre …?

Rapports, conférences, parlements fédéraux,régionaux,communes, Nations-Unies, journaux, revues spécialisées, débats en radio ou tv, manifestations diverses, … et la liste peut s’allonger.
Un seul thème «  Mobilisation générale contre le réchauffement climatique ».
En lisant  ces lignes, je suis sûr que certains lecteurs diront : « en quoi ça regarde l’Eglise, les chrétiens. La voilà qui, une fois de plus, fait de la politique. »
Je repense à la constitution pastorale «Joie et espérance » du Concile Vatican II (1962-1965) qui commençait par ces mots :
« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur. »
Je repense à le lettre encyclique du Pape François « LAUDATO SI » que nous sommes invités à lire,  à relire, à découvrir et à nous engager à sa suite afin de préserver « la maison commune ».
Comment ne pas rejoindre ces jeunes et ces adultes qui manifestent afin de respecter et de protéger notre terre.
Ils étaient plus de 2000, ce jeudi 28 mars à Bastogne. Ils sont des millions à travers le monde à lutter pour la sauvegarde de notre planète.
Nous terminons petit à petit ce temps de carême. Nous avons entendu cet appel à la conversion, au changement.
Entendons aussi l’appel à l’engagement pour sauver notre planète TERRE, faire de notre monde un monde où il fait bon vivre, où les hommes sont heureux et continuent à contempler la création, ce que Dieu a créé et « il vit que cela était bon ! »

Je vous propose cet excellent article écrit par Monsieur Pierre STEVELER, directeur de l’INDSE 2è et 3è degrés. De façon très pédagogique, il nous présente le pourquoi de la mobilisation générale au service de notre terre.

Jean-Claude Pivetta
Doyen de Bastogne

 



Pourquoi faut-il tous se mobiliser pour lutter
contre le réchauffement climatique ?

Après mai ‘68, voici… le printemps 2019 ! D’aucuns se demandent sans doute pourquoi tous ces jeunes, un peu partout en Belgique (flamands et wallons réunis !), en Europe, dans le monde entier, descendent dans la rue et manifestent. « Ne feraient-ils pas mieux de rester sagement en classe, de suivre les cours, d’étudier pour préparer leur avenir, leur insertion dans la société ? », voilà une réflexion qu’on entend souvent...

Éviter, à tout prix, le « scénario catastrophe » !

Il est grand temps d’expliquer aux gens ce qui est au coeur des préoccupations de tous ceux, jeunes et « moins jeunes » qui se mobilisent. A savoir : le réchauffement climatique(1).
Durant ce dernier siècle, la température moyenne a déjà augmenté de 0,86°C. Il ne faut absolument pas que cette élévation dépasse 1,5° ! C’est ce qui est souligné par la COP21 de Paris(2) en 2015.
Aux yeux du grand public, ça peut paraître anodin, voire… dérisoire. Qu’est-ce qu’un petit degré ou deux en plus pourrait changer à notre Histoire ?
Toutes les études scientifiques dignes de ce nom démontrent à souhait les effets catastrophiques qu’aurait une augmentation moyenne dépassant les 2 degrés. Citons, entre autres :
• la fonte des glaciers entraînant l’élévation du niveau moyen des mers de plusieurs mètres, et donc la disparition totale de plusieurs régions du monde !
• la désertification de nombreux pays engendrant la famine et avec elle, de grandes tensions et des guerres ;
• des migrations climatiques de millions de gens vers les pays du Nord qui ne pourront les accueillir;
• de ce fait, 80 % de la population mondiale, pourrait disparaître d’ici 2100 !

Ce scénario catastrophe va inévitablement se produire dans les 80 années à venir si nous ne changeons rien à nos habitudes ! Est-ce cela que nous voulons pour nos enfants et petits-enfants ?
C’est la première fois, dans l’histoire de l’humanité, qu’une génération craint que la suivante vive moins longtemps qu’elle. Pire, que les deux générations à venir connaissent famine, guerre et tout le cortège d’atrocités qu’une telle situation engendrerait !

1 D'après le 4e rapport du GIEC, « le réchauffement du climat ne fait aucun doute et est désormais attesté par l'augmentation
observée des températures moyennes de l'air et de l'océan, la fonte généralisée de la neige et de la glace et l'augmentation du niveau moyen de la mer". Ainsi, la température moyenne a la surface du globe a déjà augmenté de + 1,1°C depuis l'époque préindustrielle ». (source : https://www.notre-planete.info/terre/climatologie_meteo/changement-climatique-donnees.php).
2 Conférence de Paris sur le climat (COP21), Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.


Redonner de l’espoir !

Heureusement, tout n’est pas encore perdu à condition que, dans les dix années à venir, des décisions fortes soient prises pour limiter drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre.
Ce que réclament nos jeunes est un engagement ferme et fort de tous les décideurs politiques au niveau national, européen et même mondial !
En effet, la pollution n’a pas de frontière et touche le monde entier frappant plus durement encore les pays les moins nantis.
Il faut absolument
• réduire drastiquement l’utilisation d’énergies fossiles (pétrole, gaz,charbon) ;
• privilégier les énergies renouvelables (éolien, hydraulique, photovoltaïque, …) ;
• modérer notre consommation, en privilégiant les circuits courts ;
• réduire la masse de nos déchets et en particulier celle des plastiques ;
• arrêter de « piller les mers » ;
• limiter nos déplacements en avion ;
• modifier notre alimentation.

S’y mettre tous ensemble et retrouver la sagesse de nos grands-parents…

Une autre réflexion qu’on entend souvent : « C’est la faute aux Chinois et aux Américains !» ou à Dieu sait qui encore. Il n’est pourtant plus temps de se dire « À qui la faute ? », il est vain de se dire « il n’y a qu’à ... » ou « les autres n’ont qu’à... ». C’est tous ensemble qu’il faut s’y mettre pour adopter les bons gestes dans notre quotidien : limiter notre consommation d’eau potable, éteindre les lampes inutiles, ne pas gaspiller la nourriture, respecter le rythme des saisons et de la terre, (ré-)apprendre à cultiver son petit potager, etc.
Bref, redécouvrir les gestes enseignés par nos grands-parents, retourner à la
sagesse des anciens.

Changer de modèle de société !

Dans son livre « Vers la sobriété heureuse », Pierre Rabhi (3) souligne l’importance de changer de modèle de société. « Les limites qu’impose, par sa constitution même, la planète Terre rendent irréaliste et absurde le principe de croissance économique infinie. Irréaliste, si l’on applique les outils les plus élémentaires d’analyse, tant sur le plan physique que biologique, à l’organisation de la vie. (…) Un modèle qui ne peut produire sans détruire porte en lui-même les germes de sa propre destruction. Le temps semble venu d’instaurer une politique de civilisation fondée sur la sobriété. Satisfaire à nos besoins vitaux avec les moyens les plus simples et les plus sains. Cette opération libératrice constitue un acte politique, un acte de résistance à ce qui, sous prétexte de progrès, ruine la planète en aliénant la personne humaine. »

Par ailleurs, la philosophe et activiste indienne Vandana Shiva dans le film « 2° avant la fin du monde »(4) déclare ceci : « Le chaos climatique nous offre l’occasion de changer de paradigme. Nous devons réagir en nous appuyant sur la solidarité. La terre donne assez pour les besoins de chacun mais pas pour satisfaire l’avidité de quelques-uns. Nous ne pourrons faire face au changement climatique qu’en créant une démocratie ancrée sur la terre ».
Dans leur récente chanson « Rentrez chez vous ! » (5), les jeunes rappeurs français Big Flo & Oli nous le rappellent : « L’homme est capable de merveilles et des pires folies » !
Parions que la sagesse l’emportera sur la folie, que nos jeunes parviendront à faire mentir les prédictions pessimistes en adoptant, eux et leurs descendants, des comportements plus respectueux de la nature afin que se perpétue le « miracle de la vie sur Terre » ! Et qu’ils puissent continuer à contempler toutes les merveilles du monde...

(Pierre Stéveler, 28 mars 2019)

3 Pierre Rabhi (Kenadsa, Algérie 1938) est un paysan, philosophe et essayiste français d'origine algérienne, inventeur du concept «Oasis en tous lieux». Il défend un mode de société plus respectueux de l'homme et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles respectueuses de l'environnement et préservant les ressources naturelles, l'agroécologie, notamment dans les pays arides.
4 « Deux degrés avant la fin du monde », film de Henri Poulain (2015)
5 Big Flo & Oli, « Rentrez chez vous » (https://www.youtube.com/watch?v=RnPWbOyyP6U)